Eruption de la Fournaise août 2004

Publié le 18 Mars 2005

Une éruption volcanique ici, c'est toujours un événement. Nous avons la chance d'avoir un volcan non explosif. La Fournaise ne nous menace pas de nuées ardentes, mais nous offre toujours le spectacle de coulées rougoyantes. Grâce à ma machine personnelle à remonter le temps, prêtée par H. G. Wells en personne, revenons donc au mois d'août dernier. Pendant que je suis en Métropole, la Fournaise se réveille. A mon retour, elle érupte toujours. Voici l'histoire ...

Mardi 24 août 2004, c'est avec impatience que j'attends le JT du soir. La lave devrait avoir atteint la mer. Pour voir le spectacle, j'ai pris mon mercredi matin. Déception : la lave n'avance plus. Elle s'est figée à quelques centaines de mètres du rivage. Pas grave, j'irai quand même, et avec l'ami qui m'accompagne nous tenterons notre chance en bord de mer au levé du jour.
Dodo de bonne heure. Réveil à 3 heures du mat'. Départ 4h00. Tout l'attirail technologique qu'il faut pour ne louper aucune image - sauf qu'on ne fait pas toujours ce qu'on veut.
Une heure vingt plus tard, on est sur place. La route est barrée à quelques 50 mètres de la coulée de lave qui a traversé le bitume.
L'arrivée sur le site est magique : au dessus de la coulée on a un beau nuage rose. La chaleur est modérée en bordure de lave, et les visiteurs n'hésitent pas à s'approcher très, très près, voire à marcher sur quelques amas périphériques. Par intermittence, on entend le crépitement d'un arbre en train de flamber au beau milieu de la coulée, tandis que d'autres congénères en sursis résistent à l'assaut de la chaleur. Par endroit la surface grise de la lave refroidie se déchire pour laisser apparaître des tunnels jaunes - oranges de lave bouillonnante. On est une dizaine à 5h30 du matin à profiter du spectacle. Une demi-heure plus tard, le jour se lève doucement. Nous partons, comme quelques personnes devant nous à la recherche d'un accès à la mer, en espérant voir la coulée finir par s'y jeter enfin !
A quelques mètres du parking, nous découvrons un sentier forestier, allant à une ancienne décharge aujourd'hui enterrée. Ça a l'air de s'enfoncer pas mal loin. Le groupe devant nous bifurque sur la droite. Nous leur emboîtons le pas. La lumière du jour est encore timide, mais nous voyons bien notre chemin. Tout à coup, un coin de forêt semble en automne : tout un carré d'arbres a les feuilles rougeoyantes. Des gens nous interpellent : "venez voir par ici !". Nous ne nous faisons pas prier, attirés par cette couleur inhabituelle dans les feuillages et découvrons une rivière de lave en train de couler à grande vitesse entre les arbres, légèrement en contrebas.



La chaleur est intense et la rivière crépite comme un feu de cheminée. L'événement est salué par quelques chants d'oiseaux et les clameurs admiratives des hommes. De l'autre coté de la rive, un arbre part en torche. Il ne faut peut-être pas rester là trop longtemps et pouvoir se carapater en vitesse. Je me débarrasse de mon sac et de mon matériel, le temps de retourner un peu au bord admirer le spectacle, les yeux allant de la lave aux arbres.
De retour sur le sentier principal, on se dit qu'on a bien fait de venir. Et on a encore rien vu !
Bientôt, on entend la mer. Le chemin y descend, c'est une chance. Et nous découvrons sur la droite, un autre spectacle : notre rivière de lave se jette dans l'océan, avec force fumée et bouillonnements.



Autre veine du jour, le vent souffle le panache de fumée dans la direction opposée. Sinon, ça aurait toussé et craché dans les rangs. Enfin, les rangs … nous ne sommes pas vraiment nombreux à cette heure, car l'événement vient de se produire. La lave s'est jetée dans l'océan pendant que nous regardions la coulée sur le bitume, vers 5h30.
En s'approchant de l'endroit où la lave coule c'est l'émerveillement. Au départ, il n'y a que notre petite rivière, puis en haut de la falaise se présentent, une, deux, puis trois autres coulées plus visqueuses.



A chaque fois, c'est le même scénario
. La falaise se pare d'un chapeau de feu qui subitement se transforme en guimauve dégoulinante lors de son basculement dans le vide, rejoignant très vite notre rivière de lave qui au fil des heures grossis, grossis. Les arbres font les frais de cette avancée ardente, et on se demande si deux d'entre eux ne vont pas s'abattre sur notre coin de rocher, où au passage, il fait de plus en plus chaud. Mais non. Ils restent droits comme des i, alors qu'un arbre juste devant nous se met à fumer. Recul stratégique. Et puis … rien. Foi de filao, il ne brûlera pas !
Des militaires sont arrivés entre temps et veillent au grain. Ils sont cependant aussi fascinés que nous par le spectacle en contrebas et se font photographier devant les cascades de lave en fusion.
Au tout début, bien que la chaleur soit déjà fort impressionnante, nous pouvions nous tenir en bord de falaise pour observer la rivière de lave. C'est terminé maintenant tant la température est insupportable. Rester trop près c'est risquer de s'y brûler.
Et si la morsure du feu nous tient à distance, nous sommes quand même aux premières loges, conscients de la chance que nous avons.
Coté océan, c'est la grande bataille : la mer part à l'assaut de la lave osant la braver. Elle se jette sur elle, et part en fumée.
3 heures plus tard, une mini-plateforme s'est déjà formée. Une cinquantaine de personnes alertées par les radios locales a investi les lieux.
Il est temps pour nous de prendre le chemin du retour, avec dans nos besaces, les images volées à la nature, et dans la tête des souvenirs inoubliables.

Voir une petite vidéo - 1 mn - (en Quicktime)

Rédigé par Annie Dumont

Publié dans #La Réunion

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Commenter cet article

François 02/06/2006 23:48

Ayant aussi une âme de géologue, j'ai adopté cet article au demeurant fort bien écrit. La vidéo est remarquable, je l'ai visionnée plusieurs fois, ne me lassant jamais de ces images. A l'époque où cet article est paru, je n'était pas encore sur les blogs.

Annie 03/06/2006 07:29

François premier ! (mauvais jeu de mot peut-être, mais ça sort du coeur !).Ce jour d'août 2004 restera pour moi un souvenir inoubliable, n'ayant jamais vu auparavent de la lave aussi liquide, aussi rapide d'aussi près. Excellent choix de notre ami François :-)J'étais toute triste que cette article n'ai rencontré personne.  Voilà qui est corrigé.Merci François.Et si la géologie t'intéresse toujours, tu pourrais vraiment t'éclater ici, notamment dans le tour du grand cratère, où tu pourrais découvrir des filons de lave de toutes les couleurs : jaune, orange, violet ...Je pourrais te montrer un des rares endroits de la Réunion où on peut trouver du quartz. Mais faut aimer la lave : ici il n'y a que ça :-)